USA

Une certaine Idée de l’Amérique

J’ai toujours eu une fascination pour les États-Unis. A cause de l’imagerie, des bandes dessinées d’abord puis du cinéma d’Hollywood, celui en noir et blanc des années 60 avec les cowboys et les indiens . Plus tard , ça sera a travers les études d’économie/gestion puis au travers des informations sur la guerre du Viet Nham, ce qui apportera une certaine un peu de distance et une séparation entre d’une part la politique américaine et d’autre part le pays et ses habitants. Et puis … il y a les croix blanches des américains tombés en Normandie.

Ma femme et moi sommes des cyclistes et des vététistes. Nous nous sommes connus dans un club en pratiquant le cyclisme ; nos enfants ont mangé du vélo .. . maintenant, nous pratiquons le « soft mountain bike » : C’est-à-dire, que les pentes à 10%, on les monte en poussant les vélos et on roule cool.

Mille chiens déguisés

Il y a deux ans, nous avions décidé de faire un voyage aux USA , dans le Nord Ouest americain. J’ai donc tapé sur l’ordinateur « Nord West USA Mountain Bike » et des informations sont apparues, dont beaucoup relatives à une ville dénommée Bend, située a environ 300 km au sud est de Portland.

Nous avons passé 15 jours fabuleux dans cette ville dotée de moult pistes de vtt aux environs, qui organise un festival de musique ; et aussi un pet show au défilé du 4 juillet (j’aimerais bien voir défiler sur les Champs Elysées, mille chiens déguisés accompagnées de leurs familles tirant des poussettes d’enfants ou les objets les plus variés …). Nous y avons vétété abondamment, nous sommes aperçus que les americains étaient des fondus de vélo et … portaient une véritable vénération au Tooour de Fraaance.

Nous avons donc décidé cette année de faire une grande virée et le circuit s’est progressivement fixé sur Salt Lake City (because le vol est direct depuis Roissy), le parc national du Grand Teton, le parc National de Yellowstone, puis Boise. Bend aussi, bien entendu, puis Portland a la fin, comme il y a deux ans, en y rencontrant notamment notre amis John Henri Kaiser, musicien troubadour franco americain du grand Nord Ouest a qui nous avons refilé la tâche ingrate de fourguer à des prix bradés les VTT que nous avions acheté à Salt Lake. J’aurais préféré aller plus au Nord dans le Montana, mais ma femme voulait voir ces deux grands parcs nationaux ; d’où le programme.

 

Salt Lake City

Donc le premier jour, 19 juin, arrivée à Salt lake City. Dès avant l’arrivée, photos depuis le hublot de l’avion : Un paysage fabuleux que l’on voudrait croire être une gigantesque caldéra ; avec un puissant massif montagneux à l’Est, précédé par des collines orientées Nord-Sud qui bordent la ville. Le tout noyé sous… le soleil. La ville de Salt Lake City avec ses tours down town et les villes environnantes au touche touche, forme un gigantesque damier, prototype de ville américaine à grands déplacements ; et puis à l’Ouest, le Salt Lake, scintillant de lumières, faisant jouer les blancs éclatants , les bleus profonds et l’ocre de la terre. Et puis toute l’agitation trépidantes des petits points automobiles sur l’entortillement des réseaux de Highlands.

Première étape, le Ramada Inn de l’aéroport, après 10 heures de vol ; pas le meilleur motel que nous aurions pu choisir mais bon, e-booking embelli parfois les choses et puis , il y a l’espace : un studio de motel américain, c’est une chambre de 20 m2 au moins plus les sanitaires, frigidaire et micro ondes ; et puis, c’est pas trop cher. Et puis ça permet aussi d’avoir un premier aperçu du travail des populations sud américaines immigrées, lesquelles constituent le gros du personnel de ce type d’hôtels.

Le lendemain, récupération de notre chariote, une Chrysler Town and Country qui porte bien son nom parce que c’est exactement ce que nous allons faire. Nous l’avons choisie afin de pouvoir, après avoir abaissé les sièges arrière, y installer deux VTT et nos bagages.

 « il fait chaud ; entre 80F et 95F »

Départ pour notre air b n b. Appartement d’un petit immeuble au sud-est de SLC, un peu loin du centre. Bel appartement. Nous retrouvons la propriétaire dans un coffee shop du coin ; comme elle est cycliste, elle nous indique les principales pistes intéressantes. Nous nous apercevons aussi qu’ à SLC, au 20 juin, il fait chaud ; entre 80F et 95F. IL faudra vététer de bonheur le matin.
Ensuite, ayant changé de l’argent (je prends toujours du liquide en plus de la carte bleue ; peur d’une panne), direction « Hyland Cyclery » l’un des bons magasins de vélos de Salt Lake City a qui nous avons commandé deux vtt de marque Trek (début de gamme moyenne) auxquels nous avons fait rajouter des potences réglables et un guidon revenant plus vers l’arrière pour Catherine, afin de prendre soin de sa colonne vertébrale.
Les premiers essais nous donnent une très bonne impression : Ils ne sont pas trop lourds, ont des roues à grand diamètre, une très bonne suspension réglable, des freins à disques à l’avant et à l’arrière, des pneus assez gros mais gonflés à bloc ; les vitesses passent simplement et rapidement. Ils nous ont mis un produit anti crevaison dans les pneus ; on n’a crevé qu’une fois pendant tout le voyage.

Notre première escapade VTT nous mène à Park City , à une trentaine de miles de Salt Lake. C’est tout simplement le lieu ou se sont déroulés les jeux olympiques d’hiver en 2002. Comme nous avons mal compris les conseils de notre loueuse, nous avons choisi la mid mountain trail, mais au lieu de la prendre a mi pente comme indiqué par notre propriétaire de air b n b, nous l’avons gravie depuis le bas, ce qui pour un premier jour a nous a procuré moult souffrances et nous fait dire que les grands plateaux herbeux situés au pied de la station auraient été mieux pour un début. Mais l’avantage c’est qu’à Park City, il fait beaucoup moins chaud qu’à Salt Lake.

Le jour suivant, nous avons visité le centre ville en voiture et un peu à pied. Nous aurions pu et du le faire à vélo. Il y a des pistes cyclables partout et plein de cyclistes, ce qui constitue autant de débuts de conversation potentiels. Mais nous étions loin du centre et avions oublié la température. Le 22 juin à Salt Lake à 90 ou 95 degrés, ça devient galère de pédaler malgré les nombreux arbres qui bordent les rues.

« j’te fais des pistes vélos partout donc je suis écolo »

J’ai pris pas mal de photos du centre ville ; a considérer la relation entre les immeuble de grande hauteur (plutôt moins tristes qu’à la Défense à Paris) et les autre immeubles plus bas ou/et plus anciens. Il m’a semblé que tout cela fonctionnait assez bien et que donc il y avait derrière un travail d’urbanisme assez conséquent et de qualité. Par contre l’étalement gigantesque des quartiers pavillonnaires, au demeurant assez coquets, m’a laissé très dubitatif quant à la possibilité de produire de cette manière une ville qui ne soit pas « énergie vorace ». Le genre « j’te fais des pistes vélos partout donc je suis écolo », c’est bien mais un peu short.

Le jour d’après, nous étions à 8 heures du matin sur la « Bonneville Shoreline ».
Comme je l’ai dit, Salt Lake est bordée à l’Est par une succession de collines . La shoreline, c’est une piste qui sinue à mi pente de ces collines et qui sur environ 12 miles, du Nord au Sud ou inversement, vous offre un balcon fantastique sur la ville. Nous y avons fait tellement d’arréts photos que je ne peux pas dire que cela ait été une sortie vraiment sportive. Nous étions là en pleine pratique du « soft mountain bike ».

« la température et les insectes piquants nous a forcés à visiter en voiture »

Le 24 juin, dernier jour a Salt Lake, nous sommes partis pour Antelope Island, située à une soixantaine de miles de Salt Lake. Nous avions l’intention de vététer sur Antelope Island mais la encore, la température et les insectes piquants nous a forcés à visiter en voiture (prévoir un anti-moustique costaud).
Paysages fantastiques, dont la route de la digue, et première rencontre avec … les bisons dont l’ile a reçu il y a quelques années un peuplement important. Les bisons prospèrent allégrement dans une zone alternant herbages et marais, sur la cote Est de l’ile. Avec un peu moins de chaleur, nous aurions pu vététer… parmi les bisons car nous avons été à plusieurs reprises immobilisés pour cause de bisons sur la route, qui entouraient notre voiture.
Donc, Salt Lake, plutôt début juin que fin juin et un logement plus prés du centre ville (par exemple vers l’université), si l’on veut faire le centre ville à vélo.

Grand Teton et Yellowstone

Le 25 juin, route au Nord Est vers le parc du Grand Téton par Logan , Montpellier et Afton ( route 89) parce que nous voulons passer par l’Amérique profonde et pas par les grands axes.
Traversée de grandes étendues agricoles pas particulièrement marquantes. Plutôt bien herbeuses, ou parfois plus sèches, pas particulièrement riches, avec de temps à autres des habitations isolées. Dans ces endroits, le voisin le plus proche est à 5 ou 10 miles.
Des petites villes mais qui paraissent beaucoup plus isolées qu’en France parce que de ville à ville , il y a 30 ou 40 miles alors qu’en France, il y a un village tous les 10 km.
Première prise de contact ; pas encore prise de conscience, de l’étendue , de l’immense espace américain. Et premiers regards sur les granges américaines, vrais totems et baromètres de la prospérité que nous retrouverons tout au long de notre périple et qui sont dans la réalité encore bien plus typiques que celles des westerns (spaghetti ou pas).

Le soir, passage par Jackson Hole, porte d’entrée du parc national du Grand Téton, petite station de sports d’hiver et d’été lookée comme une ancienne ville western mais les américains aiment bien ces petites reconstitutions ; en l’occurrence Jackson Hole, en cette fin juin est très animée, les américains ont commencé à prendre leurs vacances.
Et dés que nous quittons Jackson Hole pour notre lodge, situé à Moran (au milieu et sur le coté Est de cette immense plaine-vallée), nous sommes frappés par la majesté du paysage. Avec une chaine de montagnes Nord-Sud sur plus de 50 miles qui jaillit directement, sans préalable de collines ou autres ; le tout sur le coté Ouest d’une plaine superbe ou serpente la Snake River. La chaine culmine par le Grand Téton ; nous sommes déçus qu’ officiellement, il n’y en ait qu’un, parce que au vu ,il y en a plusieurs mais les autres sommets portent d’autres noms. La plaine alterne les zones de conifères de petits arbustes de steppes et de prairies. Plus les lacs.

« Gros Ventre »

Tout de suite, nous sommes fascinés par cette puissance majestueuse de la nature qui prime sur tout et recouvre tout de sa magnificence malgré le caractère touristique du lieu. L’envie nous prend de sillonner ces endroits en VTT en s’éloignant des grands axes ou les touristes (que nous sommes) sont déjà nombreux.
A Moose, nous trouvons un loueur de vélos qui tient une boutique ou nous pouvons acheter une carte des trails, cyclables et autres et nous décidons dés le lendemain de commencer le bike.
Sur conseil du loueur , nous décidons d’aller dans le massif du « Gros Ventre » ; avec un nom comme ça, issu des trappeurs franco canadiens du 18/19e siécle, ça ne peut être que bien.
Nous laissons la voiture le long d’une route non asphaltée qui longe le Lower Slide Lake  cette route est parfois fréquentée par des voitures qui nous font avaler de la de poussière.

Mais dés que nous arrivons du coté de la Crystal Creek puis sur la piste de la Slate Creek Loop,alors c’est l’émerveillement entre bois de pins, rivière à truites et collines aux terres rouges.Avec en prime quelques ranches bien planqués qui sont sans doute plus des ranches à touristes que de vrais ranches ; mais ils sont pas mal quand même. Aux US, y a des citoyens qui ont du blé. Mais il y a suffisamment d’espace et de trails pour tout le monde .

Retour au lodge avec des étoiles plein les yeux et des photos. Nous avons repéré des crottes qui ne sont ni de bison ni d’élans ; nous demanderons plus tard au tenancier de la
station service qui est liée au lodge… qui nous vendra une bombe au poivre, censée nous protéger des ours (40 dollars, tout de même).

Il y a dans le Grand Teton NP une piste asphaltée qui va de Jackson Hole au Jenny Lake ; elle offre une vue superble tout au long de la large plaine-vallée mais nous ne l’avons pas prise car nous voulions pédaler dans le Wild, pas le long de la nationale 89.

« Elle avait peut être été une des annexes à la grande Oregon Trail»

Notre ballade suivantes s’est effectuée sur la Old River Road qui longe la Snake entre Cottonwood et Signal Mountain. Nous avons décidé que nous la prendrions par le nord au niveau de South Landing.
La , très peu de véhicules et rapidement , nous nous sommes aperçus que cette vieille route portait des traces très anciennes d’usure sur les pierres ; elle avait peut être été une des annexes à la grande Oregon Trail, route de pionniers dont l’axe principal passait par Fort Hall quelques miles plus au Sud. Et même pourquoi pas piste de trappeurs, travaillant pour la Hudson,s Bay Company ou autre. Après 20 ans d’excursions grecques à lézarder sur les chemins grecs, romains, francs et turcs, je me suis demandé si les pierres usées ici l’étaient par le passages des roues ferrées des chariots des pionniers ou par les travellings de la RKO, laquelle a réalisé plusieurs films dans le secteur.

« Tétons en fond d’écran arrière, la Snake au milieu »

La également, nous avons commencé à sentir « l’espace  sur 360 °» ; avec les Tétons en fond d’écran arrière, la Snake au milieu , les touffes d’alpha dans la plaine de chaque coté et le massif du « Gros Ventre à l’Est. Nous avons suivi la piste jusqu’à Snake River Overlook. Mais, bien que la piste longe la rivière, cette dernière était néanmoins peu visible, en contrebas, la route étant à environ 500 mètres de la falaise.Alors, après un ou deux points of vue, nous sommes repartis sur nos pas et avons vétété sur un bras de la piste qui finit en impasse le long de la Snake River. Peut être un endroit ou certains des migrants des caravanes de chariots qui allaient vers l’Orégon, faisaient boire et manger leur bétail.

Il faut dire que j’avais un ou deux jours auparavant acheté au Colter Bay Village un livre intitulé « Covered Wagons  Women», livre constitué de lettres de femmes qui faisaient partie des convois de chariots vers l’Ouest. quand on sait que sur la Grande Piste de l’Oregon et ses annexes, il y a eu environ 30 000 décès, soit 10 à 15 morts par mille parcouru (ceux qui ne sont jamais arrivés), j’ai commencé a voir cette vieille route d’une autre manière, même si ça n’était sans doute qu’une branche secondaire. Et je n’ai pu m’empêcher de faire aussi le parallèle avec des migrations plus récentes.

Donc, en Grèce, dés qu’on gratte un peu le sol ou ailleurs, on trouve des traces des turcs, des grecs anciens, des romains, des chevaliers des croisades …et on rejoint rapidement la grande Histoire.
La, en grattant un petit peu, j’avais trouvé de quoi donner un peu d’épaisseur à ce voyage. Et nous allions nous apercevoir que notre grande virée n’était pas loin de suivre les traces de la vieille Oregon Trail ; comme quoi, on pense avoir de l’imagination et puis …

« The Earth shall weep »

J’ai acheté également un livre imposant sur la vie des indiens d’Amérique du Nord « The Earth shall weep », mais comme c’est écrit en tout petit, il faut que je me fasse faire des lunettes de lecture avant de l’attaquer. Mais il y a deux ans en Oregon, j’avais fait un premier travail sur ces indiens du Nord Ouest, souvent pécheurs chasseurs cueilleurs, qui se sont fait passer dessus par la machine colonisatrice et civilisatrice qui leur a causé un maximum de dégats.

Ensuite, nous avons encore vétété sur une piste qui part de Black Roc, du coté de Moran, sur la RN 26, pour aller vers le Lily Lake mais c’était dur car montant fort pendant longtemps et nous nous sommes fait bouffer par des moustiques qui ne voulaient pas comprendre que nous avions acheté un très bon anti-moustique et qu’ils devaient démissionner.Mais une fois
arrivés en haut, il y a une belle vue sur la vallée et sur le ou les Grands Tétons (de toutes façons, de partout, il y a une belle vue sur les Grands Tétons).

Je vous passe les visites, tel le touriste lambda, des différents sites et lacs qui constituent le parc national ; comme disait Coluche, on prend une photo le matin, une le soir et on s’casse.
A citer quand même Jackson Hole qui est une petite ville touristique sympa ou on peut acheter des tas de souvenir, à la con ou pas, comme on veut, et ou on peut se faire photographier à coté d’un Grand caribou empaillé. Beaucoup de pistes vtt autour.

« Red Fox Saloon »

A citer également, notre lodge, le Togwotee Mountain Lodge, un peu éloigné des grands points touristiques, bien planqué au flanc de la montagne avec à proximité, un grand panneau routier lumineux « Bears on the road ». On a bu quelques coups et mangé parfois au « Red Fox Saloon » qui est un endroit que je trouvais plus sympa que la salle de resteau principale du lodge.
Et puis, il y avait dans ce bar une tenancière sympa et une version moderne du juke boxe avec plein de titres à choisir ; et on a mis de la musique country ; bref on s’y croyait.

 

Le dernier jour, nous avons roulé en voiture hors du parc national, sur la 26/287 vers l’Est, en traversant des paysages comme on en voit dans les films de westerns, ceux ou on apercevait les indiens en rangs serrés sur leurs chevaux, tout en haut des gigantesques falaises, préts à attaquer la diligence. Avec encore des grands panneaux lumineux « Bears on the road » et des bikers seuls ou en groupes – Harley ou Honda – qui se la jouaient « aventure ».
Et aussi quelques cyclistes qui nous ont mis la honte : Du genre de ceux qui font la Continental Divide, la route qui va des l’Est des Etats Unis à l’Ouest en passant par les petites villes : Sacoches, jambes maigres, teint complétement bronzé, vélo taillés pour « The Road », bref, avec nos petites sorties de 20 / 25 miles, on jouait pas dans la même cour. Petit regard envieux vers ceux et celles qui ont révé encore plus que nous.

Et nous sommes arrivés à Dubois, prononcez Douboïs ; située à l’entrée de la réserve des Shoshones. Petite bourgade style ville western qui vient d’être créée … au milieu de nulle part.
Seule la face avant des maisons est un peu typée, et derrière, c’est une boite ; la ville notable la plus proche doit être située à 50 /60 miles. Nous sommes allés prendre un breakfast dans un coffee shop… et le jeune homme qui nous servait nous a fait comprendre qu’avec notre accent americain déplorable, on repérait le français à 10 miles et que ça irait mieux en français.

« elle devait être très amoureuses parce que Dubois, c’est mille habitants en hiver et il n’y a pas de FNAC »

Il faut dire qu’il était de Lyon, qu’il était ici en job d’été, chez sa tante ; une française mariée à un americain (elle devait être très amoureuses parce que Dubois, c’est mille habitants en hiver et il n’y a pas de FNAC). Il nous a confirmé qu’à Dubois, c’était très calme mais qu’il y avait des ballades fabuleuses à faire en montagne… en faisant attention aux ours. Mais comme c’était notre dernier jour, nous n’avions pas prévu de vététer. A retenir pour la prochaine fois : A Douboïs, Wyoming, demander les itinéraires de ballades à pied et vtt chez la française qui tient le coffee shop « CowBoy Café ».
A retenir aussi, pour les sérieux, la Continental Divide … ou la Great Divide (de la frontière canadienne à la frontière mexicaine) …

Le 29 juin, départ pour le parc Yellowstone, en suivant la 89/191. Le Yellowstone, c’est un autre univers. Par l’entrée sud, il n’y a pas la beauté globale immédiate et grandiose comme au Grand Teton ; par endroit, on voit même qu’il y a eu d’importants dépérissements de la forêt et des replantations en grande quantités.
Non, le Yellowstone, ça n’est pas un hyper panorama, un paysage global mais c’est une bonne dizaine de sites différents dont chacun a une grande spécificité et une beauté propre ; avec parfois un puissance tellurique presque surnaturelle.

On est passés en vitesse au Old Faithfull parce que fin juin, il y avait un flot trop important de touristes et nous avons fait une première ballade à pied au Biscuit Basin : Là, rivière et prairies sulfureuses, bouillonnements et vapeurs diverses sur fond de montagnes alternant rochers et sapins, bref de quoi commencer à photographier tous azimuths.

Puis, remontée jusqu’à West Yellowstone, ville qui constitue l’entrée Ouest du parc, ou nous avions choisi un motel modeste mais correct , le « Al’s Westward Ho Motel », situé à l’entrée immédiate de la ville. Petite ballade à West Yellowstone qui est le principal lieu de stockage des touristes qui n’ont pas pu réserver dans les lodges du parc. Pour aller dans l’un des lodges du parc, il faut réserver un an à l’avance et ça coute hyper cher. On aurait préfére un air b n b mais dans les deux secteurs du Grand Téton et de Yellowstone, on n’en a pas trouvé. Il faut descendre au sud ouest du coté de Ashton et là, on est trop loin du Yellowstone.

Le lendemain, première ballade en vtt du coté de Fountain Flats . Il y a la une des rares pistes accessibles aux vététistes dans le parc Yellowstone ; vététistes que les rangers n’ont visiblement pas très envie de voir se débander un peu partout dans le parc, d’ou le peu de pistes dédiées. Comme ça, tout le monde roule en voiture sur les routes du parc et il n’y a pas plus de … 10% des visiteurs qui utilisent les multiples et très belles pistes de trekking disponibles.
Comme notre piste était un peu courte mais était connectée à la Fairy Creek Trail qui est une piste pour les skieurs de fonds, nous nous sommes transformés en vététeur skieurs de fonds et avons vétété sur cette piste qui nous a permis de découvrir la bien jolie cascade de Fairy Falls avant de reboucler sur la Fairy Creek Trail.

« le lac Yellowstone qui est plus grand mais moins beau que ceux du Grand Téton parc (dixit ma femme) »

Après, je vous passe toutes les étapes du circuit touristique du visiteur du Yellowstone parc : On a tout fait : Indian Creek, Mammoth Springs, Tower Roosvelt, Canyon Village … le lac Yellowstone qui est plus grand mais moins beau que ceux du Grand Téton parc (dixit ma femme).
On a eu les ours, les bizons, les élans et en prime des écureils qui traversent les routes sans regarder. On n’a pas eu les loups mais on eu plein de japonais.
Bon, le Yellowstone c’est fabuleusement beau mais éviter le début juillet qui est une période avec un max de touristes. Préférer le début ou la mi juin avant la fin de la période scolaire US.

Nous avons vétété aussi sur la black tail plateau drive qui est une vieille piste non goudronnée ; un peu mieux qu’un chemin de paysans ; il faut y aller le matin car de temps en temps, il y a des 4 x 4 qui s’aventurent et on mange de la poussière. Mais ceci dit, c’est une bien belle piste.

Bien sur, on a aussi glandé dans West Yellowstone qui est plein de boutiques à touristes ; mais on peut aussi y trouver des vétements des équipements sportifs et autres choses plus sérieuses, en particulier à manger, dans les supermarkets. Nous avions trouvé un coin sympa qui fait bibliothèque, bazar, foutoir et au fond, café bar. C’était pas mal.

De l’Idaho à l’Oregon, Boise, Bend et Portland

La veille du 4 juillet, nous avons eu droit à des concerts de country dans le parc. Il y a deux ans, lorsqu’il y avait des concerts à Bend, Oregon, on avait les fesses dans le gazon. Les américains avaient tous leur petits sièges pliables. Cette année, nous nous sommes mis aux normes. Pour 10 dollars pièce, nous nous sommes acheté deux sièges de camping pliables  avec accoudoirs munis de poches pour les canettes ; ainsi, nous étions OK pour les concerts.

Le dernier jour, nous avons délaissé le parc pour un endroit au Sud-Ouest, à environ 30 miles de West Yellowstone : Le Fremont County qui est une grande destination d’hiver pour le ski doo, le moto neige. Nous avons mis du temps à trouver la carte des pistes du secteur. Dans chaque endroit, vous avez des cartes locales des trails. IL faut les demander dans les boutiques de vêtements et équipements de sports ou les bars ou les offices touristiques car elles sont plus précises que les cartes non spécialisées.
Ayant trouvé cette carte,nous avons fait une superbe piste du coté des Island Park. Elle s’enfonçait beaucoup dans la Targhee National Forest et nous nous sommes aperçus que
certains de ces campeurs que nous avions rencontré sur la route munis de véhicules souvent monstrueux, arrivaient tout de même au cœur des forêts et s’établissaient en campements de 4 ou 5 véhicules . Le retour à la nature quoi ! Mais version américaine, c’est-à-dire suréquipée.
Nous, avec notre chrysler town and county qui est juste un monospace, nos deux vélos à l’intérieur, nos deux valises, notre mini-glacière et nos deux sièges de camping, on faisait un peu européens cheap….. mais on s’en foutait.

« Le terrain de jeu de l’Idaho National Laboratory qui selon wikipedia teste à cet endroit des réacteurs nucléaires. »

Le 4 juillet, fête nationale aux USA, nous étions sur la route : West Yellowstone – Boise. Notre étape nous emmenait dan l’Idaho, pays de la patate, par la nationale 20.
Une grande étape qui nous a valu tout d’abord de voir les immenses champs de patates et de maïs, betteraves … (beaucoup d’irrigation) puis de traverser un plateau semi désertique et bien malgré nous de nous trouver sur le terrain de jeu de l’Idaho National Laboratory qui selon wikipedia teste à cet endroit des réacteurs nucléaires.

Je ne sais pas si nous avons été irradiés, tout comme les deux bikers que nous avons croisé à l’embranchement de la 26 et de la 20. En tout cas, impression d’un immense vide partout, que je n’avais connue auparavant que dans la steppe algérienne, quand on descend de Laghouat à Ghardaîa.
Il y avait bien un panneau qui vantait les meilleurs « atomic burgers des Etats Unis » mais nous n’avons pas consommé. Et le panneau de pub du « Lost River Motel » évoquait pour nous des histoires déchirantes de héros malheureux finissant leur jours à cet endroit, loin de tout, de tout pardon, de toute rémission, condamnés à l’irrémédiable et à la solitude.

Plus loin, après avoir passé Butte City (94 habitants sur le panneau), arrivée dans un nouvel univers qui n’était pas non plus programmé : la région du Crater of the Moon. Nous pensions avoir vu sur l’Ile de Lanzarote d’impressionnantes coulées volcaniques et champs de laves. Et bien nous n’avions rien vu.
Le long de la 20 s’étendent sur plus de 1 000 km2 des projections volcaniques de toutes natures, formant un monde en noir, ocre et bleu ; ou le vert n’est plus que périphérique, et encore.
Ce site est devenu un parc national ; visiblement peu fréquenté. Pas prévu au programme ; nous n’avions pas pensé à biker à cet endroit , d’autant que, rajout à une étape déjà longue, nous voulions passer à Ketchum pour voir le mémorial d’Hemingway. Donc, à retenir pour une prochaine épopée : Nuclear cycling sur le plateau désertique et volcano cycling sur le Crater of the Moon. Ces deux sites n’étant finalement que des déclinaisons particulières de l’immense Snake River Plain.

Dans la foulée, nous sommes allés voir le mémorial Hemingway, situé un peu à l’extérieur de Ketchum, et pour tout dire assez peu mis en évidence. Nous avons eu l’impression, mais peut être est elle fausse, que Ketchum, petite station fricos genre Megève, n’avait pas grand chose à voir avec Hemingway.
On nous a demandé si nous étions espagnols . De retour à Paris , j’ai relu « Pour qui sonne le glas » et j’ai parfaitement compris pourquoi des espagnols, encore aujourd’hui, font le détour par Ketchum et le mémorial.
On n’a pas bu de whisky au mémorial. On aurait du ; comme pour tout, il faut un minimum.

Entre Carey, fin de l’univers volcanique, et Boise, la 20 qui file Est-Ouest (ou inversement) est bordée au nord par les premiers contreforts des Rocheuses. L’eau est plus abondante et l’on voit alors une succession de petits et moyens élevages.

Les gens qui en France nous disent que la viande américaine est complétement, pervertie, bourrée d’antibiotiques, n’ont pas vu ces contrées.
Les élevages croisés dans cette région et au sud du Wyoming, et aussi plus à l’Ouest dans l’Oregon, sont des élevages de taille moyenne (petit aux États Unis c’est quand même plus grand que petit en France ; disons que c’est le double).

« Aux US comme en France, on peut acheter n’importe quoi dans les supermarchés »

Suivis par des fermiers, qu’à la taille des champs, des tracteurs et autres matériels, je ne vois pas si différents des fermiers européens . Mais ils ont un avantage immense : Ils ont l’ESPACE c’est-à-dire des prairies riches en abondance qui sont le cœur du système. Ces fermiers là ont de l’or entre les mains, leur prairies et ils ne s’emmerdent surement pas à bourrer leurs animaux avec ceci et cela : A coup sur, ils les font paitre et ils stockent du fourrage et quelques compléments (ensilages, farines, betteraves ?) pour l’hiver. Maintenant, aux US comme en France, on peut acheter n’importe quoi dans les supermarchés, si on ne fait pas attention.

Arrivée à Boise donc, en fin d’après midi (prononcer Boïsé) après une longue approche de plus en plus autoroutière et circulante sur un immense plateau semi-désertique. (conjonction des 84/30/26/20).
Boise apparait soudain comme une oasis, dans une immense cuvette boisée au pied des premiers contreforts des Rocheuses.

Recherche de notre Air b n b. Les parents de notre propriétaire sont entrain de finir de nettoyer… notre maison.Un pavillon des années 50 dans son jus mais complétement retapé, avec le broyeur sous l’évier, un frigidaire grand comme une camionnette …On aurait pu y loger à 4.
Petite discussion dont il ressort en particulier que les parents tiennent en Californie du Nord, « C’est Trèèès Booo », une grande maison ou une grange qui comporte 4 ou 5 air b n b et ou les gens viennent du monde entier. Bon encore un endroit ou on pourrait vététer, mais pas cette fois ci.

Le lendemain matin, départ en vtt pour la visite du centre ville car nous ne sommes pas à plus d’un mile du centre. Comparé à Salt Lake City, Boise, c’est plus petit et plus pépère mais taillé un peu de la même manière : Une immense cuvette boisée ou les milliers de pavillons sont posés sur un plan en damier et le centre ville au pieds des collines qui précédent les Rocheuses, avec en haut de l’avenue principale, le capitole de facture néo classique ; as usual.
Le tout traversé par la Boise river qui se jette un peu plus loin dans la Snake (tiens, on la retrouve).

La ville est sillonnée de pistes cyclables et la rivière Boise qui traverse la ville d’Est en Ouest (ou inversement) est longée par la Green Belt, une piste cyclable dans un grand écrin vert qui s’étend jusqu’à 10 miles environ , à l’Est et à l’Ouest. Nous avons donc visité le centre ville en vtt et nous sommes baladés sur la Green Belt.
Nous avons aussi trouvé en demandant à des cyclistes, un magasin de bikes réputé à Boise : Georges Cycles, 312 S 3rd Street , ou nous nous sommes rendus pour y acheter la carte des trails du coin.

Pas loin de chez Georges, en nous baladant, nous tombons sur … le Centre Culturel Basque de Boise… et nous apprenons qu’à Boise vit la deuxième plus grande communauté basque des États Unis. La rue elle même, la West Groove Street est à cet endroit totalement basque : Restaus d’un coté avec paella et tapas, centre culturel et musée basque de l’autre coté.

Au musée basque, je raconte à la dame d’un age vénérable qui tient la caisse qu’au jeune temps de ma solidarité militante avec les basques, je passais mes vacances à Lekeitio et qu’au camping je planquais tout de suite ma Volkswagen immatriculée 75 afin que des militants trop zélés ne viennent pas attaquer ce symbole de l’état français oppresseur. Ça crée le contact.
Elle me raconte que chaque année, plusieurs centaines de familles font le voyage du pays Basque (français ou/et espagnol ?) à Boise pour une grande rencontre avec la communauté de Boise. Elle me raconte que cette communauté est arrivée dans les années 1900 pour y pratiquer l’élevage des moutons.
Je pensais dans ma tête que notre président français a l’air bien fatigué et qu’il pourrait aller un peu garder l’mouton dans l’Idaho, si les basques veulent bien. Mais comme français parlant anglais, et parlant à une basque parlant anglais, je n’étais pas sur qu’elle me comprenne. J’ai donc gardé pour moi ma réflexion.
Et puis elle me dit que cette activité a pris fin dans l’entre deux guerre parce qu’il y avait une transhumance entre la plaine et la montagne et que cette transhumance a progressivement été interdite (et pourtant, y a d’la place).

Au plan urbain je constate une fois encore que la cohabitation entre les tours et les immeubles plus bas et plus anciens dans le centre ville, se passe plutôt bien. A noter aussi deux immeubles à structure bois en construction, à r+4, l’un avec le rez de chaussée en béton, l’autre avec une structure métallique de soutien et tout le reste en bois. Et puis deux immeubles-ilots qui ont l’air très travaillés. Visiblement, pour construire en centre ville à Boise, il faut bien dessiner. Il y a là des services d’urbanisme qui semblent connaître leur métier et ne laissent pas faire n’importe quoi.
L’immeuble ilot, c’est le rêve de tous nos promoteurs français ; ça fait un gros paquet de construction d’un coup ; mais sont ils capable du niveau suffisant d’architecture ? Et qui l’exigera ?

« Retrouvez l’âme des pionniers pour seulement $ 300 000 de crédit sur 20 ans».

Le lendemain, retour au VTT. Par la Green Belt, nous allons sur les traces de la Old Oregon Trail. Il faut d’abord aller à Surprise Valley puis monter sur le plateau. Entre la vallée et le plateau, nous retrouvons un chemin à flanc de falaise, aux pierres bien usées par les multiples passages et sur le plateau , nous trouvons un endroit ou sur quelques centaines de mètres, est conservé un chemin marqué encore par les ornières des roues de chariots. Le tout à un endroit ou les pionniers, après avoir traversé des miles et des miles de plateau semi désertique voyaient apparaitre cette oasis boisée en contrebas.
Petit regret, l’endroit n’est pas trop magnifié et pourtant, ceux qui arrivaient ici avaient fait le plus gros et le plus difficile du chemin.
Et puis des promoteurs sont venus mettre à proximité une rafale de pavillons  avec sans doute une pub dans le style: « Retrouvez l’âme des pionniers pour seulement $ 300 000 de crédit sur 20 ans». A mon avis, l’ame des pionniers, elle est pas là.

Le lendemain, une visite un peu spéciale : Comme j’aime bien upgrader des guitares et que je commande des micros artisans un peu partout et surtout aux États Unis, j’ai une fois acheté un set de micros pour une Fender Stratocaster chez Porter Pickups, Boise, Idaho.
Un matin,on se pointe donc chez Porter Pickups. C’est un atelier situé en périphérie de Boise . Le patron et son acolyte sont surpris de nous voir déballer ; ils nous font visiter leur atelier. Nous sommes impressionnés par le stock des diverses pièces et par les machines (qu’il nous interdit de filmer).
Il nous fait voir aussi leur salle de test des sons ; bon, les amplis, ils les ont pas non plus achetés chez le quincailler du coin.
Ils peuvent faire des micros « sur mesure », comme les costumes, depuis la plaque de métal jusqu’à l’emballage. Je suis très content de mon set qui comprend un sweet hambucker, un simple « années 50 » en middle et un simple « années 60 » au neck. On se quitte bons amis ; il voudrait bien commercialiser des micros Porter en France car il a 5 enfants et pour nourrir 5 enfants, il faut en vendre, beaucoup de micros.

Donc, commandez des micros Porter sur internet ; ils sonnent bien ; et si vous n’avez pas de guitare, ça peut s’utiliser en décoration.

Le jour d’après vtt d’abord sur une piste du Camel Back Park Aera. Bon, on en garde pas un souvenir éternel ; c’est le terrain d’exercice des sportifs de Boise ; assez hard mais pas spécialement beau.
Mais un des cyclistes nous indique un autre lieu situé à une trentaine de miles de la ville : Bogus Basin, qui est une station de ski. Assez rapidement, nous trouvons les sentiers des pistes de ski de fonds ; en plus, les pistes sont balisées comme sur le plan ; c’est le pied ; nous faisons une belle ballade vtt dans les pins et les herbages, alors que coté collines autour de Boise, à cette époque, début juillet, tout est complétement pelé. Mais quand même, comme à Salt Lake, les boisiens ont du pot ; quand il fait chaud, ils se tirent en montagne et c’est pas à plus de 30 / 40 miles.

 

Départ de Boise le 9 juillet en direction de Bend, Oregon, le lieu qui a vu le début de nos pérégrinations VTT aux US. Nous décidons d’y aller non pas par la 20 qui est plus directe mais par la 26 qui passe plus au Nord, par des endroits plus montagneux ; nous craignons que l’immense plaine semi désertique qui entoure Boise se poursuive de manière monotone sur des dizaines de miles.

« Les filles de ces bourgades rêvent d’aller en Californie pour être stars à Hollywood »

Sur le chemin, nous retrouvons l’Amérique profonde que nous étions venus voir.Tout d’abord, irrigation, blé, betterave, maïs, patates, puis , au fur et à mesure que nous allons vers l’Ouest, prairies et élevages dans les vallées et plateaux désertiques.
De toutes petites bourgades, un coté bien moins riche que dans les grands secteurs agricoles de l’Idaho (d’ailleurs nous arrivons en Oregon), un comté et une rivière appelés Malheur .
Qu’ est il donc arrivé à ces trappeurs français du 18éme ou du 19éme s. pour dénommer ainsi ce secteur ? Les chercheurs d’or et les basques y ont séjourné, les basques pour les moutons. Peut être en sortant de l’oasis que constitue Boise, ont-ils été découragés de devoir traverser à nouveau des espaces immenses ou dès que vous sortez des abords des rivières, c’est de nouveau la solitude des plateaux et montagnes arides qui vous entoure sur des dizaines de miles.
Le tout d’une beauté poignante parce que dans les activités ou restants d’activités que vous trouvez dans ces endroits, vous voyez le rêve, la conquête, puis le vent d’espoir passé, le retour à une réalité plus prosaïque et parfois plus pauvre ; mais pas moins belle.
C’est sans doute aussi ce qui fait que les filles de ces bourgades rêvent d’aller en Californie pour être stars à Hollywood.
Les vieilles granges américaines sont le baromètre de la richesse de ces lieux. Dés qu’il y a de la prospérité, vous les voyez pimpantes, refaites, repeintes. Quand cela ne va plus, elles sont alors délaissées, déglinguées.

Nous nous sommes arrêtés à Unity (74 habitants) au Burnt River Market pour manger et faire de l’essence. Nous sommes tombés sur une bande de bikers qui revenaient d’une concentration Harley à Baker City, un peu plus au Nord ; dans le groupe, il y avait une luxembourgeoise émigrée aux US qui parlait très bien le français et qui avait une superbe Harley à 3 roues. Ils ont pas snobé nos VTT.

Après Unity, encore des vallées des plaines et des montagnes toutes plus belles les unes que les autres ; quand on a fini une série, une autre d’un autre genre vient se substituer, et encore et encore. On peut se shooter aux grands espaces et aux paysages et c’est ce qu’on fait .
Et petit à petit nous arrivons à Bend, Oregon.

Bend, Oregon, ou nous retrouvons Gilead qui est notre logeuse air b n b d’il y a deux ans. Nous avions passé 15 jours chez elles et à parcourir les pistes vtt aux alentours de Bend.

A Bend, il existe une grosse communauté de vélotistes et vététistes ; ils se donnent leur rdv de ballades au moyen de l’application « Meet Up » sous la dénomination « Bend Aera Cycling Enthusiasts ». Depuis notre premier séjour à Bend, je suis destinataire jour après jour de tous les rdv de vélo et chaque nouveau message me fend le cœur, bien que beaucoup de ces circuits soient trop difficiles pour nous. Il fallait donc qu’on y revienne.

« Nous vététons le long de la Deschute River sur une « trail

Retrouvailles chaleureuses avec Gilead parce que nous sommes devenus des amis. Nous reprenons place dans le petit appartement qui fait le rez de chaussée de sa maison et dès le lendemain, nous vététons le long de la Deschute River sur une superbe trail qui longe la rivière jusqu’à Sunriver, 30 miles en amont.

Nous tombons en plein festival de musique. Cette année, le festival s’est déplacé du parc au centre ville. Il y a 3 scènes musicales gratuites, plein de boutiques d’artistes-artisans et plein de boutiques ambulantes qui font de la bouffe pas mal ; pas celle dont ont dit qu’elle tue les américains.
A ce propos, j’ai l’impression que le mouvement « new bouffe » progresse très vite aux USA et qu’un de ces jours, c’est eux qui débarqueront chez nous avec leur chaines de bonne bouffe. Parce que par exemple, les supermarché « Sprouts Farmers Market » que nous avions fréquenté à Salt Lake City, c’est déjà plus de la vente artisanale, roulée sous les aisselles.. .Ils sont passé à la vitesse au dessus et pas avec des surfaces de 500 ou 1 000 m2 mais plutôt avec 3 000 ou 4 000 m2 et un grand choix de produits.

Au festival , deux groupes nous ont bien plu.

D’une part « Moody Little Sister », une fille et son mec ; sur scène, ils étaient en acoustique mais sur i tunes leur premier cd est en électrique. Il me semble que la fille, Naomi Hooley ,a une sacrée voix et des chansons assez bien.
S’il y a un producteur parisien aux alentours (ce qui est très peu probable), il ferait bien de l’amener à Paris avant qu’elle devienne hors de prix. D’ailleurs je lui ai dit après la scène, quand elle se baladait avec son mec-guitariste, qu’elle avait la voix d’une « Grande » du folk song. Elle était tellement contente qu’elle a roulé une grande pelle, à son mec, pas à moi. Mais bon, on peut pas tout avoir.

« Ça déménageait sec et le vénérable lead guitarist à la stratocaster a envoyé quelques solos en slide qui m’ont fait le frisson dans le dos »

D’autre part Curtiss Salgado : Quand je les ai vu s’installer sur scène, je me suis dit que les gars du coin faisaient un bœuf.
Et puis, ça a commencé et là , j’ai compris mon erreur ; quand les américains donnent la scène principale à un groupe, c’est pas pour faire joujou. Bonjour le blues et retour du rythm and blues des années 70. Ça déménageait sec et le vénérable lead guitarist à la stratocaster a envoyé quelques solos en slide qui m’ont fait le frisson dans le dos. C’était un signe.

Tout a une fin et nous sommes partis pour Portland ; ça sentait la fin du voyage. Nous avons décidé de passer par Maupin qui est encore un endroit de bout du monde ou nous étions déjà passé en 2014. Prés de la réserve indienne de Warm Spring. Si un jour j’en ai marre du monde civilisé, j’irai m’établir à Maupin (460 habitants).

Nous passons ensuite à The Dalles, ville que nous n’avons pas vraiment visitée mais c’était le point d’arrivée de la « Oregon Trail ». The Dalles, ça veut dire les Dalles, c’était comme ça que les trappeurs et guides français avaient nommé ce qui n’était à l’époque qu’une bourgade. Parce qu’il y a d’immenses pierres plates au milieu de la Columbia River.

Là dans les années 1850, les migrants des chariots qui n’étaient pas morts en route étaient chargés sur des barges jusqu’à Portland et un grand nombre se voyaient attribuer des terres dans la Willamette Valley, au sud de Portland.
Nous nous sommes rendus au Columbia Gorges Museum pour retrouver quelques traces de cette époque et nous avons enfin pu acheter une reproduction de vieille carte de la Oregon Trail.

Arrivée à Portland le 12 juillet ; j’avais réservé un motel prés de l’aéroport. La encore, pas le plus romantique des endroits mais nous avons à Portland notre amis John Eric Kaiser, un franco américain, musicien professionnel « Grand Troubadour du Nord Ouest américain et du Canada », titre officiel ; garantie d’un séjour intéressant.
Et puis, au motel, nous avons discuté avec un canadien et une canadienne lookés comme des aviateurs, avec des Harley tunées sublime : Ils allaient en remettre une couche chez le concessionnaire du coin car ils trouvaient que c’était vraiment pas assez…

Nous passons deux jours dans plusieurs lieux ou John Eric se produit et faisons ainsi la connaissance de quartiers et trucs sympa de Portland que nous n’aurions jamais visité si nous ne l’avions pas connu.
Notamment une immense boulangerie pâtisserie salon de thé située 2335 NW Thurmann Street, montée par un normand, ou l’atelier est visible depuis la salle. On sait immédiatement que c’est fait sur place, artisanal et tout et tout.
Et là, pour la première fois en un mois, nous achetons une vraie french baguette craquante que nous sommes allés remplir de roti et de fromage italien à l’épicerie coopérative d’en face (eh oui, c’est pas grandiose mais ça fait du bien !).

Et puis Portland, pour la deuxième fois me frappe par l’architecture du centre ville : Comment faire cohabiter pacifiquement et harmonieusement des architectures de tailles moyennes des 19éme et 20e siècle avec des tours modernes comme le Centre Wells Fargo de Charles Luckmann ou celle, post moderne de Michael Graves et autres. Le tout dans un centre ville convivial bien irrigué par les tramways. Visiblement, il y a ici une équipe de urban planners qui sait de quoi elle parle et ça ne date pas d’hier.
Par contre, ils n’ont pas vu venir l’augmentation récente de population et pour aller des quartiers périphériques au centre ville, c’est la galère pire que sur le périph parisien à 9 heures du matin.
Comme quoi en urban planning, on finit toujours par oublier quelque chose…mais quand même. Quand je suis revenu à Paris, j’ai trouvé les tours de la Défense majoritairement tristounettes et le parvis de la Défense bien fade. Il y a des leçons d’urba à retenir du coté de Portland.

Bon, à Portland, on n’a pas vétété alors que la ville est faite pour ça… parce que nous étions entrain de revendre nos vtt, avec une grande tristesse ; mais ça coutait trop cher des les ramener ; nous étions déjà au max de nos 23 kg de bagages.

Nous avons voulu finir notre voyage en suivant jusqu’au bout les traces des pionniers de la Oregon Trail. Aussi, l’avant dernier jour, nous nous sommes rendus dans la Willamette Valley en nous disant qu’il ne resterait peut être plus grand-chose de ces immigrants du 19éme siècle dont beaucoup avaient obtenu des terres à cet endroit.

« Les haies presque comme en Normandie »

Et là, bonne surprise, nous avons redécouvert que la nature travaille dans un temps long. Ces paysans qui sont installés les années 1850 / 1900 ont marqué le paysage, tracé les routes et « modelé la nature ». Et ces marques sont toujours éminemment présentes : Les tailles réduites des parcelles, de vignes et autres ; les vergers encore existants ou même parfois abandonnés (mais les arbres continent à pousser), les petites routes un peu comme nos départementales, souvent bordées d’immenses buissons de muriers ; les haies presque comme en Normandie.
Je ne sais pas si les descendants sont toujours là, mais en tout cas, ils ont marqué le paysage d’une manière indubitablement paysanne et européenne. Je ne sais pas si les américains s’en rendent compte. Est-ce qu’ils donnent un grand poids à leur passé ?

En tout cas, j’avais envie de voir en cet endroit une fin heureuse pour des gens dont beaucoup avaient quitté l’Europe faute de pouvoir y vivre convenablement (et disons le, pour quitter la misère). Ils ont traversé tout un continent pour trouver quelque chose qui ressemblait à la terre promise. Je sais bien que la réalité de cette histoire n’est pas aussi idyllique que je le voudrais que toutes les rudesses de cette épopée ne sont pas dites ici.

Mais de retour à Portland et avant de prendre l’avion devant nous ramener en France, nous apprenions la nouvelle de l’ attentat de Nice.

Aussi, j’ai eu envie de conserver par devers moi une histoire de migrations ayant une fin heureuse, qui dirait qu’il existe des lieux ou l’on peut créer une prospérité et vivre en paix.

Nous étions partis pour faire des ballades en VTT. Nous avons passé notre temps à mettre le nez au vent, à humer, à souler nos ames, à trainer nos filets comme le font les pécheurs avec leur chaluts, pour ramasser des bouts de paysages, de poésie, de sensations, d’histoires… C’est bon de trainer.

Michel Berthet. Aout 2016.

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